Comment expliquer la fascination des Québécois pour la police? Celle, qu’au lieu d’illustrer comme une machine bien huilée au service de la Justice, qu’on humanise, qu’on peut même ridiculiser gentiment? D’un autre côté, provoquant dans ce cas-ci des réponses souvent nébuleuses, parfois claires, comment expliquer la fascination des Québécois au cinéma pour les relations parents-enfants? Faut-il extrapoler, comme le fait un personnage du film de Gaudreault, et affirmer que notre mollesse proverbiale est le résultat d’une société matriarcale omnipotente et castrante? Serait-ce plutôt une question purement géographique, abandonnés au milieu de nulle part que nous fûmes par la France mère patrie? Le complexe est là, et même s’il se règle généralement au cinéma par un respect muet de l’espace vital de l’autre, nous n’avons pas fini de le voir étalé sur nos écrans.
Dans De père en flic, le traumatisme est si profond qu’il faut se couper du reste du monde afin de se ressourcer, de se resituer intérieurement. Dans le bois au milieu de nulle part, un psychologue accompagne six couples père-fils en quête de communication . Parmi le groupe, un avocat tourmenté (Rémy Girard) ayant comme client Mononc Luc (Jean-Michel Anctil), chef d’un groupe de motards criminalisé. À la recherche d’un délateur afin d’emprisonner Mononc Luc, un père et un fils policiers (Michel Côté et Louis-José Houde) s’infiltrent dans le groupe afin de tirer les vers du nez à l’avocat. Si la mission prime, les deux polices en ont aussi gros sur le cœur, le fils reprochant au père d’ignorer ses bons coups en voulant toujours voler la vedette.
Comédie policière typique couplée à un récit sur les difficultés intergénérationnelles, le film de Gaudreault tient la route grâce à sa réalisation serrée, sans trop de fioritures, au scénario qui ne se perd pas dans ses blagues, et surtout au jeu de ses acteurs. Rien d’exceptionnel, ça reste une comédie estivale, mais l’inclusion de Patrick Drolet, de Normand D’Amour et de Luc Senay permet d’équilibrer la donne et de faire du film autre chose qu’un projecteur braqué sur le trio Houde-Côté-Girard. Si les deux derniers sont égaux à eux-mêmes et légèrement sur le pilote automatique (Côté est condamné à jouer « el père » jusqu’à la fin de ses jours), c’est Houde qui retient l’attention et qui avait le plus à perdre dans l’aventure. Étant donné que la crédibilité est une arrière-pensée, qu’on n’attend pas de lui un rôle de composition, mais ses tics et sa cadence, la clémence suffit. Côté bafouille quand même son texte (c’est voulu?), Caroline Dhavernas et Jean-Michel Anctil se demandent qu’est-ce qu’ils font là, tout comme le spectateur d’ailleurs. C’est Luc Senay, dans un rôle de père poule, qui prouve encore une fois qu’il est mûr pour un grand rôle. Après celui-ci et son apparition de quelques secondes dans L’Âge des ténèbres, il n’a plus rien à prouver à personne. Fantasmons et imaginons-le en père de famille alcoolique dans le prochain film d’Émond.
Gaudreault se fait timide derrière la caméra, si ce n’est de cette manie ridicule d’accompagner chaque chute ou coup de poing sur la gueule d’un onomatopée comique, de l’ordre du ping! pow! et des oiseaux qui sifflent quand le personnage tombe dans les vapes. Ce cabotinage retrouve des échos dans certaines scènes du film, sans pour autant gâcher l’ensemble. Mais les cues pour indiquer quand c’est drôle, on peut faire sans. Le rythme est soutenu et à 1h47, les longueurs se font rares. Le scénario y est pour quelque chose, et même si l’intrigue policière ne tient personne en haleine, elle élève le film au-dessus d’une simple série de sketchs humoristiques.
Rien de plus qu’un divertissement estival, contrôlé, efficace, sans grande prétention, mais qui questionne, parfois de front, notre tendance à soit vouloir gratter notre bobo identitaire en pleurnichant sur notre sort, soit de faire bêtement comme s’il n’y avait pas de quoi fouetter un chat. Et c’est cette humilité devant cette réalité immémoriale qui fait de De père en flic un film plus intelligent et drôle que ce qu’on nous sert au Québec chaque année.
À l’été 2010 pour Bon cop bad cop 2.






