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Comment expliquer la fascination des Québécois pour la police? Celle, qu’au lieu d’illustrer comme une machine bien huilée au service de la Justice, qu’on humanise, qu’on peut même ridiculiser gentiment? D’un autre côté, provoquant dans ce cas-ci des réponses souvent nébuleuses, parfois claires, comment expliquer la fascination des Québécois au cinéma pour les relations parents-enfants? Faut-il extrapoler, comme le fait un personnage du film de Gaudreault, et affirmer que notre mollesse proverbiale est le résultat d’une société matriarcale omnipotente et castrante? Serait-ce plutôt une question purement géographique, abandonnés au milieu de nulle part que nous fûmes par la France mère patrie? Le complexe est là, et même s’il se règle généralement au cinéma par un respect muet de l’espace vital de l’autre, nous n’avons pas fini de le voir étalé sur nos écrans.

Dans De père en flic, le traumatisme est si profond qu’il faut se couper du reste du monde afin de se ressourcer, de se resituer intérieurement. Dans le bois au milieu de nulle part, un psychologue accompagne six couples père-fils en quête de communication . Parmi le groupe, un avocat tourmenté (Rémy Girard) ayant comme client Mononc Luc (Jean-Michel Anctil), chef d’un groupe de motards criminalisé. À la recherche d’un délateur afin d’emprisonner Mononc Luc, un père et un fils policiers (Michel Côté et Louis-José Houde) s’infiltrent dans le groupe afin de tirer les vers du nez à l’avocat. Si la mission prime, les deux polices en ont aussi gros sur le cœur, le fils reprochant au père d’ignorer ses bons coups en voulant toujours voler la vedette.

Comédie policière typique couplée à un récit sur les difficultés intergénérationnelles, le film de Gaudreault tient la route grâce à sa réalisation serrée, sans trop de fioritures, au scénario qui ne se perd pas dans ses blagues, et surtout au jeu de ses acteurs. Rien d’exceptionnel, ça reste une comédie estivale, mais l’inclusion de Patrick Drolet, de Normand D’Amour et de Luc Senay permet d’équilibrer la donne et de faire du film autre chose qu’un projecteur braqué sur le trio Houde-Côté-Girard. Si les deux derniers sont égaux à eux-mêmes et légèrement sur le pilote automatique (Côté est condamné à jouer « el père » jusqu’à la fin de ses jours), c’est Houde qui retient l’attention et qui avait le plus à perdre dans l’aventure. Étant donné que la crédibilité est une arrière-pensée, qu’on n’attend pas de lui un rôle de composition, mais ses tics et sa cadence, la clémence suffit. Côté bafouille quand même son texte (c’est voulu?), Caroline Dhavernas et Jean-Michel Anctil se demandent qu’est-ce qu’ils font là, tout comme le spectateur d’ailleurs. C’est Luc Senay, dans un rôle de père poule, qui prouve encore une fois qu’il est mûr pour un grand rôle. Après celui-ci et son apparition de quelques secondes dans L’Âge des ténèbres, il n’a plus rien à prouver à personne. Fantasmons et imaginons-le en père de famille alcoolique dans le prochain film d’Émond.

Gaudreault se fait timide derrière la caméra, si ce n’est de cette manie ridicule d’accompagner chaque chute ou coup de poing sur la gueule d’un onomatopée comique, de l’ordre du ping! pow! et des oiseaux qui sifflent quand le personnage tombe dans les vapes. Ce cabotinage retrouve des échos dans certaines scènes du film, sans pour autant gâcher l’ensemble. Mais les cues pour indiquer quand c’est drôle, on peut faire sans. Le rythme est soutenu et à 1h47, les longueurs se font rares. Le scénario y est pour quelque chose, et même si l’intrigue policière ne tient personne en haleine, elle élève le film au-dessus d’une simple série de sketchs humoristiques.

Rien de plus qu’un divertissement estival, contrôlé, efficace, sans grande prétention, mais qui questionne, parfois de front, notre tendance à soit vouloir gratter notre bobo identitaire en pleurnichant sur notre sort, soit de faire bêtement comme s’il n’y avait pas de quoi fouetter un chat. Et c’est cette humilité devant cette réalité immémoriale qui fait de De père en flic un film plus intelligent et drôle que ce qu’on nous sert au Québec chaque année.

À l’été 2010 pour Bon cop bad cop 2.

Le goût douteux

Vous êtes blasés par vos visionnements à répétition des films de Tarkovsky, Bergman, Dreyer et Rohmer (R.I.P.)? Les lundis Douteux vous promettent chaque semaine une bonne dose de réalité en présentant dans une ambiance festive le pire du pire cinématographique. C’était réservé à Montréal (au Broue pub brouhaha), mais depuis le 7 septembre dernier, la Ninkasi  du faubourg (sur St-Jean) projette elle aussi chaque semaine un objet psychotronique rescapé des boules à mites. Parmi les films présentés depuis les débuts de l’événement en 2007, comment oublier des classiques tels que L’Homme puma, Turkish Star Wars, Troll 2 et Riki-Oh, The Story of Ricky.

«L’exercice, bien que très drôle, se veut avant tout pédagogique.  Les visionnements douteux vont vous mettre face à ce que le cinéma a de plus facultatif à offrir.  Venez développer votre cynisme face aux films les plus curieux et questionnables jamais produits.  Amenez votre quotient, vos projectiles et votre jugement, vous en aurez besoin.»

Plus éducatif qu’une partie de hockey des Canadiens, on s’entend au moins là-dessus.

Un merci à Jérôme pour le tuyau.

http://www.douteux.org/

Nous, critiques, ne sommes pas immunisés au ridicule et à la banalité, bien au contraire. Voyez depuis quelques semaines ce déferlement de listes hiérarchisées, de tops des tops des tops des nouveaux canonisés du panthéon. Chaque plus fin en a une, liste, et s’organise pour avertir le monde entier de sa gestation, de sa rédaction, de son bien-fondé, de son caractère de bombe atomique. On s’entend par contre qu’à part celle de Marc Cassivi (on m’a même demandé au Cartier pourquoi elle n’était pas imprimée sur tous les murs, comme les 10 commandements), peu de listes seront vraiment considérées. Quand on en a vu une, les a-t-on toutes vues?

Reste que les critiques sont bien contents d’avoir leur période de l’année où ils servent sensiblement à quelque chose. Comme si les 10 dernières années de leur vie dans les salles avaient seulement servi à rédiger cette ô combien importante liste. Alors, voici la fin de la mienne, que je me suis arrachée comme une dent. On se revoit en décembre 2010, d’ici là on se tient tranquille, promis.

5. The Station Agent – Tom McCarthy, 2003

Le dernier film que j’ai vu de ma liste, c’est-à-dire cette semaine, juste pour vous dire à quel point je ne la prends pas au sérieux, ma liste. Mais reste que dans sa modestie, dans ses personnages attachants, dans sa réalisation fluide, sans fioriture, The Station Agent est l’un des plus beaux portraits condensés d’ouverture vers les autres.

4. Hommes à louer – Rodrigue Jean, 2008

Scotché complètement sur l’écran pendant toute sa durée. Au lieu d’en faire un beau tableau pathétique, Jean respecte ces hommes à louer, leur redonne une dignité que probablement personne ne leur accorde. Travail de réalisation subtil, mais omniprésent, montage attentif, réglé au quart de tour. Hommes à louer est notre meilleur film québécois des 10 dernières années.

3. Grizzly Man – Werner Herzog, 2005

Seulement pour le sujet, tellement incroyable et cinématographiquement disponible (les dizaines d’heures filmées). Il fallait par contre quelqu’un d’aussi fou que Treadwell pour lui rendre justice. Herzog accourt et narre avec son gros accent allemand les images qu’il nous a gardé, les commentant, s’installant à côté de nous dans la salle et donnant son point de vue d’homme qui voit l’homme qui a vu l’ours. La fascination d’Herzog est contagieuse, jamais prisonnière. Le meilleur documentaire d’une décennie qui nous a choyés dans le genre.

2. Sugar – Anna Boden & Ryan Fleck, 2008

Il manque cruellement de raconteurs dans le cinéma américain contemporain. Boden et Fleck, qui ont impressionné avec Half Nelson en 2006, savent construire une histoire et surtout, des personnages crédibles, empathiques parce qu’humains. Ça laisse la place au jeu, aux échanges, au dialogue, au narratif et si vous ne le savez pas, le cinéma est parfait pour rendre tout ça. Une belle histoire, une fois de temps en temps, pour couper de la routine, ça fait foutrement du bien. Et pour un film à pas trop gros budget, tourner des scènes en République dominicaine, en Iowa et à New York tout en nous montrant les coulisses du baseball professionnel, c’est déjà en soi une belle réussite. Mais c’est cette histoire d’un jeune dominicain qui rêve d’une vie meilleure aux U.S.A. qui fascine et qui en vient presqu’à nous laisser sur notre faim après 2 heures. Et voilà un signe qu’un film est réussi, ou plutôt juste, lorsque nous aimerions rester avec ses personnages indéfiniment.

1. Lumière silencieuse – Carlos Reygadas, 2007

Dieu, après une centaine d’années à nous regarder faire des images mouvantes, s’est pris d’une idée de s’en faire un film. Il est descendu sur terre afin de posséder le corps du cinéaste mexicain Carlos Reygadas. Au lieu de se chanter des louanges, il a raconté une histoire sur le doute, la foi, la fidélité, la mort. Hardcore, surtout lorsqu’il ouvre son film avec 5 minutes (à mon souvenir) d’un lever de soleil sur un champ (un coucher à la fin). La plus belle expérience dans un cinéma de ma vie (dans une salle comble lors du Festival de Cinéma des 3 Amériques en 2007), le film est incontestable comme un film de Dreyer, d’Ozu ou de Bergman. Parlez-moi d’un film qui dilate parfaitement chaque soubresaut, chaque soupir, chaque inflexion de la vie.

Pause de tourtière pour cette première partie des MEILLEURS FILMS (selon moi) DES ANNÉES 2000. Mes doigts s’agitent en carburant avec le cholestérol de mes artères, alors soyez cléments pour l’excès de «j’vais vous l’dire comment qu’c’est la vie, sti». Dans deux semaines, la liste serait différente, on s’entend. Le but de l’exercice, c’est de marquer une tendance, une emprunte du cinéphile que j’ai été ces 10 dernières années. Afin de m’assurer qu’en 2019 je ne fasse pas des listes aussi plates et piétonnières que celles des critiques de La Presse.

10. Collateral – Michael Mann, 2004

Et tout d’un coup, les films tournés en numérique, ça faisait un peu de sens. Révolutionnaire (oui) au niveau plastique, même si l’histoire est assez conventionnelle. Mann réalise une œuvre tellement compacte, complète et auto-suffisante qu’elle passe aujourd’hui dans le beurre. C’est quand la dernière fois que vous avez vu un suspense/thriller qui n’était pas bête bête bête? Le genre de film qui ne se retrouve sur aucune liste parce que ça ne fait pas sérieux, ni à la mode. Mann peut raconter ses vieilles histoires ringardes récupérées de Miami Vice, il réussit où 90 % des cinéastes échoue.

9. The Fog of War : Eleven Lessons from the Life of Robert S. McNamara – Errol Morris, 2003

Erroll Morris est un Dieu. La technique «première personne» est encore (presque) ici une nouveauté formelle qui deviendra graduellement au cours des années 2000 chose courante. Mais le sujet, presque la totalité du 20e siècle guerrier des État-Unis, de la bouche, des yeux, du visage de l’ancien secrétaire à la défense, fait du documentaire l’un des plus parlant de la décennie.

8. Far From Heaven – Todd Haynes, 2002

Post-maniérisme si j’ai fait mes classes? I’m Not There nous a confirmé l’intelligence de Haynes, mais c’est sur cette variation de All That Heaven Allows de Douglas Sirk qu’il a surprit à peu près tous le monde (ceux qui n’avaient pas vu Safe). Mettez-lui n’importe quel projet entre les pattes, et il s’arrangera pour ne pas se péter la gueule, comme ici en retournant les conventions du mélodrames des années 50 sur eux-même sans sembler ironiquement hip. Todd Hayne est le meilleur exemple d’un cinéaste qui prend les particularités esthétiques d’une époque afin de nous parler de ses valeurs.

7. Wall-E – Andrew Stanton, 2008

Les années 2000 appartiennent à Pixar. Il fallait un de leur film dans ma liste, j’ai longtemps hésité entre lui et Ratatouille, mais Wall-E est leur Blanche-Neige et les sept nains. Dans 30-40 ans il va être étudier dans les classes de cinéma, si les classes de cinéma existent toujours bien entendu. Ben Burtt (qui a fait les blip blip de R2D2 et les vouuuj vouuuuj des sabres lasers) est a moitié responsable du succès du film, en donnant au robot et à la robette leur voix. Dites-moi que vous avez vu le film que vous n’avez pas eu dans la tête ensuite les WALL-E! et EVVVVE!

6. Ghost World – Terry Zwigoff, 2001

En vl’à un film hip, indie tout ce que vous voudrez. Je sais que je ne vais pas me faire des amis, mais si Eternal Sunshine of the Spotless Mind (celui qui est sur toutes les listes, avant Adaptation, ce qui est déjà en soi blasphématoire) réussit, c’est uniquement à cause de Charlie Kaufman, parce que Gondry ne sait ni contrôler, ni distribuer un film. Ghost World est tellement modeste dans ses moyens, dans son exécution, que ce qui est dit prend une sorte de force de par en-dessous, de vérité profonde qu’aucun feu d’artifice n’aurait pu éclairer. En 2001 j’était en amour avec Thora Birch, les comics et le cynisme autour d’une tasse de café. Neuf ans plus tard rien n’a presque changé. Merci Zwigoff de refuser d’être un têteux dans un milieux de têteux.

Qu’est-ce que les années 2000, d’un point de vue purement cinématographique? Personnellement, c’était encore les premiers contacts avec le langage, l’ouverture vers les cinématographies mondiales, l’affermissement des goûts, la réorganisation constante de mon autel (Shohei Imamura, Arthur Lipsett, Pierre Perrault). C’est aussi mon voyage à Cannes en 2007 pour la 60e édition (je reviendrai probablement sur cet épisode), quelques textes sur le site Internet de 24 Images, une collaboration à La Scena et la couverture de plusieurs festivals.

Généralement, c’est la propagation du numérique (je me souviens encore de l’impact de L’Arche Russe alors que je commençais le cégep), le déferlement de nouvelles vagues (mexicaine, sud-coréenne, roumaine), la trilogie des Lord of the Rings, le «nouveau» cinéma «indépendant» américain (Anderson, Jonze, Baumbach, Reitman). C’est aussi Jia Zhang-ke, Nuri Bilge Ceylan, Fatih Akin, Apichatpong Weerasethakul, Carlos Reygadas, Park Chan-wook et Kim Ki-duk. C’est la mort de Bergman, Antonioni,  Pollack, Falardeau, Carles et plusieurs autres.

C’est tellement de choses qu’avant de sauter dans le vif du sujet, voici une petite mise en contexte.

Le film que j’ai vu le plus souvent ces 10 dernières années : Le film choral où plusieurs âmes perdues se croisent autour d’un événement dramatique, généralement un accident de voiture (Amores Perros, Crash, Antares, 21 grammes). C’est bizarre, on en voit de moins en moins des films comme ça.

Je suis en retard avec la filmographie de ces cinéastes et je m’en veux :

Nuri Bilge Ceylan

Fernando Eimbcke

Pen-Ek Ratanaruang

Götz Spielmann

Pedro Costa

Vous ne trouverez pas de films de ces cinéastes dans ma liste (les surestimés) :

Park Chan-wook : J’ai vu sa trilogie sur la vengeance. Et ça ne m’a rien fait pantoute. Je cherche encore l’intérêt. Depuis Oldboy il est devenu une sorte de légende, mais je n’achète toujours pas. Entre les dithyrambes et l’expérience de visionnement, la marge est incroyable.

Wong Kar-wai : Bin oui c’est beau, mais est-ce que ça dit quelque chose? C’est ça le cinéma, des belles images? Et déjà que le plastique, c’est Christopher Doyle qui s’en occupe généralement pour Kar-wai. Ça flotte un peu trop pour mes goûts. Je sais que je m’emporte, mais ça ne vous en dit pas beaucoup à vous lorsqu’un cinéaste du monde se ramasse aux États-Unis pour faire un film très moyen avec des acteurs et actrices comme Jude Law et Nathalie Portman? Peut-être que si on aime, c’est un peu parce que c’est exotique, non?

Alejandro Gonzales Innaritu : Le cinéaste le plus faussement estimé et important des dix dernières années, point barre. J’avais aimé Amores Perros, je l’aimerais encore probablement aujourd’hui, mais avec 21 grammes et ce que j’ai entendu sur Babel (NON je l’ai pas vu, et j’ai pas l’intention de le faire), j’abandonne. Moi les cinéastes qui n’ont pas une trace d’humour dans leur œuvre, je les emmerde. Je n’ai pas de problème avec les cinéastes qui refont toujours un peu le même film (Hitchcock quelqu’un?), mais Innaritu m’agresse profondément, c’est intrinsèque. Son court-métrage pour l’omnibus Chacun son cinéma (excellent panorama cinématographique des dix dernières années, en passant) était tellement prétentieux et prévisible, à côté de ceux de Kaurismäki, Kitano, Moretti, Salles et Cronenberg (entre autres), c’était presque insultant.

Ces films manquent de peu mon top 10 :

Tropical Malady. Tous ceux à qui je fais écouter le film s’endorment invariablement à la deuxième partie du film. Et tous les macaques parlant du monde ne peuvent rien y faire. Et je l’avoue, cette partie tropicale du film, lourde comme la jungle en plein midi, me fait cogner des clous, et ce malgré les prouesses esthétiques de Weerasethakul (toujours plaisant d’écrire son nom sans faire d’erreur). La première partie du film, par contre, est probablement l’un de mes plus beaux moments cinéma de toute ma vie. Le sentiment de voir quelque chose de nouveau, brut, se dérouler sous nos yeux. Encore plus impressionnant quand ça semble être fait sans effort (paradoxe de la prouesse).

The World : Je respecte immensément Jia Zhang-ke. Probablement le cinéaste le plus important de la décennie, le plus pertinent, le meilleur témoin de cette nouvelle Chine que plusieurs considèrent effrayante. J’aime tous ses films (j’ai pas encore terminé Platform), mais The World à ce petit quelque chose de la découverte, lorsqu’on est totalement conscient pendant le visionnement d’être devant quelque chose de spécial. Pourquoi il n’est pas dans la liste? À la deuxième écoute tout l’émerveillement s’est évaporé, allez savoir pourquoi.

Afterschool : Prenez Gus Van Sant, (comparaison facile mais nécessaire) enlevez tous ce qui est vaporeux dans son portrait de la jeunesse américaine, et vous vous retrouvez devant le film d’Antonio Campos, le premier a vraiment mettre le doigt sur ce qu’est la génération YouTube. Tellement perturbant que je me suis senti vieux devant le film, vieux dans le sens de «on était pas aussi pire quand on était jeune». Dérangeant. Pas dans la liste parce que ça reste une première œuvre, imparfaite, un peu barbante, mais très prometteuse.

Voilà pour tout de suite. Les numéros 10 à 6 de ma liste d’ici la fin de la semaine.

24images145 Le dernier 24 IMAGES est vraiment quelque chose. Bon, on s’entend que chaque numéro est d’une qualité quasi-irréprochable, mais celui là a un petit je-ne-sais-quoi en plus. Peut-être que l’imposant dossier sur l’ami Clint y est pour quelque chose. Peut-être que le DVD inclus d’Alias Will James de Jacques Godbout contribue à mon ravissement. Peut-être aussi que la participation du bédéiste Jimmy Beaulieu (qui j’espère sera répétée à chaque numéro) rend de bonne humeur. Encore une fois du grand art. Et pour ceux qui habitent Québec et qui aimeraient avoir le DVD avec la revue sans avoir à s’abonner, nous avons quelques copies  au Cinéma Cartier.

Sinon, si vous pouvez mettre la main sur le dernier VICE (The Goat Demon Issue), il contient une entrevue assez intéressante avec Harmony Korine sur son dernier boudin, Trash Humpers. En plus des photos de mineures aux seins nus. VICE ont aussi publié un numéro entièrement dédié au cinéma il n’y a pas très longtemps. Voici le lien .pdf. Entre autres, des entrevues avec Werner Herzog, Les Blank, Lars Von Trier, Gaspar Noé, Dario Argento, Terry Gilliam, Spike Jonze, David Lynch et Roy Andersson.

Ça m’a pris beaucoup de temps avant d’aller voir le film-événement, parce que je voulais y aller l’esprit vidé, sans considération pour la grosse patente médiatique avec en son centre, Dolan. Si chaque film québécois avait la même visibilité, créait la même commotion, nous critiques serions peut-être un peu plus alertes, ou justes, allez savoir. Mais je crois dans ce cas-ci que les critiques ont été un peu trop tièdes et polies pour un film de la trempe de J’ai tué ma mère. En avançant l’âge de Dolan comme s’il s’agissait d’un bouclier, plusieurs ont oublié de juger le film pour ce qu’il était, sans le paratexte, sans le conte de fées, sans les embellissements extérieurs. Si je ne peux donner autre chose comme preuve de ce que j’avance que cette critique, je suis convaincu que les détracteurs du film gagneront en nombre ou en force avec les années. À moins que Dolan relègue lui-même son premier bébé aux oubliettes.

Hubert (Xavier Dolan) n’aime pas sa mère Chantale (Anne Dorval), tout en l’aimant, le paradoxe. Il lui reproche son kitsch, sa façon de manger ses bagels le matin, son indifférence lorsque lui est demandé de dépasser ses fonctions de génitrice de base (nourrir et apporter son fils à l’école). Hubert cherche un contact, tout en refusant d’accepter qu’entre sa mère et lui, la communication est quasi impossible. Hubert lui cache tout de même son homosexualité, et annoncera à l’une de ses enseignantes (Suzanne Clément) qu’il ne peut rendre un papier sur le métier de sa mère, prétextant une mort fantasmée. Les tentatives infructueuses sont coupées lorsque Chantale, d’un commun accord avec un père autrement absent, envoie son fils dans un pensionnat en campagne, question de lui redresser un peu la colonne.

Si Hubert n’aime pas sa mère, il est nécessaire de se demander pourquoi le spectateur devrait l’aimer, lui. Peut-être parce qu’il est spécial, comme son enseignante Julie laisse entendre. Parce qu’il n’est pas comme les imbéciles congénitaux de son école secondaire, qui ne font que parler de Hockey et qui portent des vêtements aussi ringards que ceux de sa mère. Méprisant et condescendant envers tout ceux qui ne partagent pas les mêmes intérêts que lui (en dehors de la ville et de la banlieue, c’est rempli de rednecks), ne pouvant penser à autre chose qu’à son nombril, Hubert est l’enfant roi devenant adulte, monstre hybride qui a aussi la particularité de se considérer faisant partie d’une élite parce qu’à 15 ans il comprend et est touché par Musset et Cocteau. Hubert fait grincer des dents parce qu’il chigne, crie, insulte à tout de bras sa mère. Il ne s’est pas donné le bon rôle le Dolan que certains vont dire, soit, mais si je ne ressens aucune empathie pour le personnage plus que central de ton film (qui n’a aussi aucun humour en passant, sauf lorsqu’il est temps de dénigrer les autres), je ne peux me situer et prendre part au film. Que le conflit soit inexistant (non, mais qu’est-ce qu’il demande à sa mère, de tripper des bulles quand il lui parle de Pollock?) ou dissimulé (des indices portent à croire que Chantale a un passé trouble), reste que Dolan ne donne pas beaucoup de raisons au spectateur de supporter presque deux heures d’engueulades en boucle.

La mère jaune-orange, coincée entre son salon de coiffure et ses feuilletons télé, affublée d’une amie digne des pires pièces de théâtre d’été, ne parle pas, n’a aucun point de vue. Déphasée, sonnée par les montées de lait répétées de son fils, les seuls moments où elle se choque vraiment (la mort apprise, l’attente dans le stationnement du centre vidéo) sont ridiculisés par le scénario, au point où son identité est aspirée au profit des états d’âme profonds d’Hubert. Jusqu’à la toute fin du film, où un échange totalement incongru et sur le tas avec le directeur du pensionnat d’Hubert devrait nous émouvoir, ou à tout le moins nous mettre de son bord. Est-elle une victime parce qu’elle a élevé seule son fils? Mérite-elle les crises précieuses de ce dernier? Un peu plus de mise en contexte et un peu moins de répétitions aurait aidé.

Les acteurs se débattent avec un scénario qui aurait bénéficié de deux ou trois grosses (grosses) réécritures. Outre l’échange en fin de film, la volée d’Hubert administrée par deux jeunes de son ancienne école secondaire jure tellement par son conventionnalisme tombé des nues  que plusieurs ne se rappelleront probablement plus de la scène après visionnement. Torturé entre son bagage d’auteurs français appliqués et son décor banlieusard, Dolan accouche d’un scénario où les dialogues sonnent faux, où un seul mot rayé aurait donné plus de vie à une scène. Les personnages secondaires sont vulgairement mis de côté pour faire de la place à Dolan et Dorval, peu importe Julie, Antonin et sa mère, le père d’Hubert; ils sont des satellites. Livrés à eux-mêmes, qu’ils se débrouillent avec ce qu’ils ont.

La réalisation elle, on pourrait la qualifier, en étant généreux, d’amateure, sans une trace d’originalité. Décadrage qui déconcentrent, métaphores lourdes, pesantes. Tics empruntés, citations à outrance sans commentaire, la citation pour épater la galerie, pour le statut. On a beaucoup parlé de Wong Kar Wai, mais c’est à Gus Van Sant qu’est emprunté le plus sauvagement les particularités de la mise en scène. Montage d’images fixes, utilisation du format super 8; trône même au-dessus du lit d’Hubert une affiche de River Phoenix, vedette du My Own Private Idaho qui a probablement servi de squelette à son film. À l’image de la scène du dripping avec Hubert et Antonin, Dolan jette un peu n’importe quoi sur son canevas en espérant que ça colle.

Mais ça ne colle pas. J’ai beau m’y pencher sérieusement, avec toute la fausse objectivité qui m’est donnée d’avoir, je suis tout simplement incapable d’émettre un commentaire positif sur le film. Ok. Il a été fait par un jeune de 20 ans, il l’a écrit son satané scénario, mais c’est tout. Vous pouvez mettre ça sur le dos de son inexpérience, d’un budget manquant, d’un tournage précipité, reste que J’ai tué ma mère est un exercice aléatoire, brouillon, obscurcit par une proximité trop grande entre l’auteur et son sujet.

Dans sa critique de Brothers de Jim Sheridan :

Unfortunately, Brothers also assumes that Natalie Portman is interesting enough to watch suffer for two hours. Here I come up against what I’m fully willing to admit may be a personal limitation: I can’t stand Natalie Portman. I’ve never believed her in a single role. She evokes no emotional response in me beyond, « Oh, there’s Natalie Portman. » She doesn’t overact or underact; she just stands around with whatever the appropriate expression for the scene seems to be on her sweet, pretty, childlike face. If there’s something going on behind that face, I neither know nor care what it is, which means that long stretches of Brothers involving her character’s interiority struck me as dramatically inert. If you possess the gene that enables Portman-caring, you may find them brilliant.

On m’a envoyé tantôt un lien vers une page, sans explication, une sorte de blogue, intitulé Journal d’un coopérant. En vidéo un type, qui se filme à la première personne et qui fait la narration de son premier voyage, vers l’Afrique. Ça me semble arrangé avec le gars des vues. J’apprends 5 minutes plus tard que Robert Morin aurait quelque à voir avec ce journal. Robert Morin, celui du Papa à la chasse aux lagopèdes qui a été vu par une dizaine de personnes.  Faut croire que si l’on ne se déplace pas pour voir ses films, c’est lui qui les amènera chez-nous.

Donc Journal d’un coopérant, c’est une fiction sur le devenir, que le lecteur/spectateur peut tordre dans n’importe quelle direction. Par des commentaires écrits, mais préférablement par des vidéos. Libre à vous d’y aller de vos réflexions personnelles sur le parcours du personnage principal, qui se lance dans l’entraide internationale, ou de vous créer un personnage fictif qui participera intrinsèquement à l’histoire.

L’idée est fichtrement intéressante. Donc là, déserteux des salles de cinéma, c’est le temps de prouver que vous n’êtes pas insensibles au talent de Morin, en faisant de son entreprise un succès. Participez. Visionnez.

Journal d’un coopérant

C’était à Québec en fin de semaine, ce sera à Montréal du 3 au 6 décembre. La programmation sera dans ce cas-ci beaucoup plus étoffée, mais si vous avez la chance, ne manquez pas le programme les sommets 2.  Parmi les incontournables, L’homme à la gordini, M, Git Gob, Madagascar : Carnet de voyage et Please Say Something.

Sinon il y a Panique au village, Runaway et Chainsaw Kid qui font parler d’eux.

La programmation en .pdf

Ok, je triche. Le lien vers Git Gob, que je vous conseille de voir en plein écran. Je triche parce que je vous brûle le plaisir d’apprécier ce chef d’oeuvre d’absurdité dans une salle, sur un grand écran, avec du monde. Donc ne cliquez pas, allez plutôt réserver vos billets.

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